L’hyperactive qu’était Julie a dû se résoudre à l’évidence : elle ne retrouvera jamais sa vie d’avant. « Fini de tondre la pelouse ou de tailler les arbres ». Rude, à seulement 28 ans. « Ça fait trois ans et demi que je ne peux plus travailler. J’étais infirmière en Ehpad, je gérais 95 personnes ». Les douleurs liées à sa prothèse (abdominale) en polypropylène impactent tous les aspects de sa vie : familial, économique, sexuel, psychologique, physique, professionnel.
« J’ai dû avorter : trop dangereux pour le fœtus »
« Les douleurs sont tellement atroces que je fais garder les enfants pour me reposer. Il n’y a qu’allongée que je me sente un peu soulagée. Nous n’avons plus de sexualité. J’ai même subi un avortement. Trop risqué. Pour moi, qui risquais des éventrations. Mais surtout pour le bébé. Le polypropylène est très dangereux pour les fœtus. Si j’avais gardé l’enfant, il serait handicapé aujourd’hui. On ne m’a jamais parlé de ça quand on m’a posé cette prothèse ».
Les antidouleurs ? « J’ai eu de la morphine en intraveineuse pendant 21 jours le mois dernier, ça ne m’a pas soulagée ». Unique solution désormais, la kétamine « un anesthésiant de cheval ». Ses symptômes font frémir. « La sensation de se faire lacérer par des lames pendant des heures. Quand je me penche, j’ai l’impression de me faire trancher ». Et ces décharges électriques soudaines, imprévisibles. « Des coups de poignard. La douleur est si aiguë que j’en hurle sur-le-champ ». De jour. De nuit.
Sentiment de culpabilité tenace
Et ce sentiment de culpabilité tenace qui lui colle à la peau en imaginant l’enfer qu’elle fait vivre à son entourage. « Depuis la naissance de mon petit garçon de 2 ans, je ne peux pas le porter. Je ne m’en suis pas occupée la première année, je n’ai pas pu. On l’amenait auprès de moi mais j’étais incapable de bouger, de lui donner un biberon. J’avais le sentiment d’être une mère fictive ».
Sa fille de 5 ans a été suivie deux ans et demi par une psy. Les séparations brutales dues aux traitements et hospitalisations la perturbaient. Pour Julie, qui s’appuie sur une canne et a lancé un blog pour alerter sur le sujet des prothèses de hernie, angoisse, état dépressif. « J’ai 28 ans et ma vie est foutue. Ils m’ont tout pris sauf mes enfants. Parfois on se dit qu’il vaudrait mieux se foutre en l’air… ».
En chiffre : 200 000
200 000, comme le nombre de nouveaux implants en polypropylène posés chaque année en France. Selon Me Pierre Debuisson, « 30 % d’entre eux génèrent des complications » chez les patients opérés.

